Chez Nounouss

 

Warm Grey - 4 final · 2010-02-04

Je m’appelle Warm Grey, je vais mourir.
Maintenant, dans deux heures je serai mort.

[Warm Grey, final]

Ce que j’ai sauvé va me perdre, je vais le perdre si je reste.
Je dois disparaître, il le faut.

Pardonnez moi si je pars le premier.

———

Warm Grey 1Warm Grey 2Warm Grey 3

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Sentier négatif · 2010-01-30

Sentier Négatif

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Warm Grey - 3 · 2010-01-25

J’avais rejoint depuis quelques mois déjà la deuxième équipe d’investigation dans l’affaire Ploc !.
Warm Grey constituait presque à lui seul la première, celle-ci se concentrait sur le patient alpha pendant que nous poursuivions les recherches sur le sujet 114.

J’avais donc déjà rencontré Warm à plusieurs reprises, ne serait-ce qu’au xxxxx mais c‘était la première fois que nous avions l’occasion d‘échanger autre chose que des civilités.

Par la suite, nous sommes restés en contact, comme vous le savez sans doute, et bien que je me souvienne distinctement de chacune de nos rencontres, cet après midi, un bel après midi d’hiver, le premier aux allures de printemps est toujours resté le plus vif à mon souvenir.

J‘étais sortie affronter l’air frais armée de ma blague à tabac, à l‘écart de l’agitation du réfectoire. J’avais pris la direction du cloître le sachant vide à cette heure matinale. Je fus d’abord dépitée de constater que Warm se tenait là, appuyé contre le puits.
Jetant un regard féroce à son dos je m’apprêtais à repartir quand quelque chose dans son comportement m’en empêcha.

Je ne le connaissais pour ainsi dire pas il est vrai mais il m’apparut pourtant évident qu’il n‘était pas dans son état normal.

“Peggy”.

J’en fus estomaquée.
Mon père seul m’appelait comme ça. Pour tout le monde je suis Margareth, voir Maggie mais Peggy…
Il voulait être sûr que je reste et avait réussi son coup.

J’eu plus tard la confirmation que si même ses proches collaborateurs en savaient peu sur lui, Warm au contraire connaissait parfaitement les dossiers de chacun d’entre nous, des pontes jusqu’au portier du Collège. Comprenez que je ne parle donc pas simplement de nos dossiers officiels et administratifs, il savait tout sur tous et je ne l’ai jamais vu en faire mauvais usage.

L’air s‘était dilaté a en être imperceptible, le son seul des graviers sous mes pas me rapprochant de Warm troublait le silence serein qui régnait depuis qu’il m’avait appelée.

C’est un cliché mais je ne vois pas d’autres mots, à ce moment il n’y avait que nous au monde.

Je parle pour moi.

Warm lui était seul, le seul, il m’invitai à jouer le rôle de l’observateur propre à valider son expérience.

Je vous demande pardon ?

Vous trouvez ma narration peu spontanée ? Ah ah. C’est que je l’avoue je me prépare depuis longtemps pour notre entrevue. J’ai longuement répété ce monologue pour ne rien laisser au hasard, je m’en serai voulue d’oublier – quelque chose d’essentiel.

Comment vous dire ça simplement.

Il ne m’appartient pas d’aborder ici certains aspects de sa vie, mais pour la première fois, Warm contemplait le monde.

Simplement ça oui.

Jusque là, il abordait le monde comme un catalogue de fonctionnalités et d’informations qu’il s’attelait à intégrer, ingérer pour ainsi dire, avant de le compiler avidement.

Cette fois, il regardait le monde autrement que pour se repérer, débarrassé de préjugés, souvenirs de ses anciennes perceptions.

Encore un cliché mais il posait enfin un regard virginal sur son environnement.

Cette révélation produisait chez lui une réaction toute à la fois étrange et toute à fait commune.
Toute chose lui apparue parfaitement inutile, cette inutilité même étant dans le même temps la chose la plus essentielle qui soit.

Rien ne valait car toute chose était inestimable.

C’est idiot, mais cette dualité évidente le mettait hors de lui tout en le laissant froid.

On ne peut pas ignorer que Warm a fait preuve tout au long de sa vie du génie qui le caractérisait déjà, mais fondamentalement il a toujours été un enfant.
Cet enfant que je serrai ce jour là dans mes bras, en larmes frigorifié et brûlant d’une soif de savoir qui n’a jamais cessé de l’animer.

Du haut de ses neufs ans tout juste révolus, il venait de résoudre une énigme improbable sauvant ainsi de nombreuses vies et il n’en tirait aucune satisfaction.
Par la suite, il aura eu souvent l’occasion d’empêcher de nombreuses catastrophes pourtant, la seule chose que je l’ai vu lui tirer des larmes furent ces ronds dans l’eau.

Il venait de jeter un penny dans ce reflet de ciel au fond du puits.
Peut-être a-t-il fait un vœu.

C’est le dernier ploc qu’il me fut jamais donné d’entendre, je l’entends encore.
Ploc !

———

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Celui qui rêve. · 2010-01-20

[Celui qui rêve]Certains le reconnaîtrons pour Ce qu’Il est (et feront leur jet de SAN), tant pis pour les autres.

 

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Looney loop... · 2010-01-16

Hé mais j’suis barré moi…
Je viens de me rendre compte que le rêve que j’ai publié il y a peu ici, je l’avais déjà publié il y a un bout de temps…
Ça ne s’arrange pas.

- ajout –

Au moins j’ai posté deux versions différentes…
Une courte et la longue plus récemment…

En fait, la narration de la plus courte est mieux, l’autre est plus complète.

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Plus d’une semaine que je me suis décidé à aller voir Avatar, et plus d’une semaine que je ne publie pas cet article en espérant le finir.
Comme je n’y arrive pas, je mets là mes impressions…

En résumé.

Des images en relief pour un film plat.
À voir dans une bonne salle bien équipée pour la 3D avec des lunettes propres.
S’attendre à un scénario basique et fourre tout, sans aucun mystère.
Une narration linéaire, sans surprise.
Je ne regrette pas d‘être allé le voir.

En plus long.

Avatar donc, le dernier film en date de James Cameron où se mêlent images analogiques et de synthèses, le tout sous les feux d’une version moderne de la stéréoscopie (pour ceux qui auraient réussi à ne pas en entendre parler).

J’y allais en ayant eu des échos enthousiastes sur l’aspect visuel et calamiteux sur le scénario. Du coup, j’ai sacrifié la piste son sur l’autel de la proximité et je n’ai pas pris le soin de le voir en VO (rarement des versions originales à Versailles).

J’ai vu la version 3D dans une salle non numérique, confortablement installé (même si j’aurai préféré pouvoir me tenir davantage droit dans mon fauteuil mais je ne tenais pas à emmerder la personne assise derrière moi).

Les lunettes qui permettent de percevoir l’effet 3D n‘étaient pas désagréables à porter. Pas désagréables mais avec des traces de doigts que je n’ai pas réussi à faire partir, du coup une certaine gêne à bien percevoir l’effet 3D.
Lors des scènes lumineuses en effet, la lumière dégagée par l‘écran se reflétait sur les traces et voilait le verre par endroit, mettant à mal l’impression de relief. C’est en tous cas la conclusion à laquelle je suis arrivé pendant la projection.
Ces lunettes auraient aussi gagné à occulter davantage les lumières de la salle (issues de secours et compagnie). Le mieux serait de pouvoir faire le noir complet dans la salle…

Ce qui me fait penser ça c’est que le procédé n’est jamais aussi efficace dans le film que sur les scènes sombres (qui ne manquent pas).

Quoiqu’il en soit je n’ai pas réussi à me débarrasser de l’aspect technique du film tout du long (ou presque).

En vrac.

Sous titre pour langue extra-terrestre alors qu’on est comme dans la peau du guss qui lui ne capte pas au début…
Donc, on lit ce qu’ils disent après l’héroïne traduit au héros ce que le spectateur avait déjà lu et compris tant le jeu tout en nuance des acteurs transmettait la subtilité de scènes que l’on a de toutes façons déjà vues ailleurs.
Si ça ne suffit pas, le héros résume tout ça derrière et le consigne dans son journal de bord en voix off tout au long du film (en vf, le héros a la voix de Tim dans NCIS), quand il ne fait pas en plus un rapport à sa hiérarchie…

Même en se débranchant le cerveau, aucun mystère, aucune surprise. Je n’ai même pas eu l’occasion d‘échafauder un scénario et une issue différente en partant sur une fausse piste pendant la séance.

Message multiple : écolo newage altermondialiste la-guerre-ça-tue et tuer c’est mal sauf quand c’est bien.

Chevaux à 6 jambes avec rennes intégrées… Trop moche.

D’ailleurs, pour le cheval comme pour le “banshee”, pourquoi avoir besoin de rennes puisque le “cavalier” dirige sa monture par “connexion cérébrale”. Quant à s’accrocher aux rennes d’une monture pour s’y tenir comme ils le font, c’est de toutes façons loin d‘être la meilleure idée qui soit.

Les gros herbivores étaient (trop) dinosauresques à mon goût et je n’ai pas pu m’empêcher de leur trouver une ressemblance trop marquée avec certaines créatures qui participent au siège de Minas Tirith dans la version longue du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson.

Finalement, un univers pas original et pas si exotique pour un monde extraterrestre travaillé pendant 15 ans. Un monde trop glam-fantaisie à mon goût.
Imaginez qu’on vous promette une vraie féérie et qu’on vous balance la Lorien du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson (pas moche à ce point quand même).

Le film “pédagogique” d’avant film pour présenter les lunettes est hyper efficace parce qu’optimisé au maximum, à savoir une image pas trop lumineuse et (surtout sur les bords) un sujet bien centré qui ne touche pas les bords de l’image en “avançant”…
Mais voilà, difficile de faire un film avec cette contrainte… Pourtant c’est à quoi on assiste dans 60% des plans (voir plus).

Du coup je me dis que se serait bien de pouvoir carrément “couper” la 3d de temps en temps, notamment dans les dialogues pour que la contrainte ne guide pas le cadrage à ce point.

Sur certains mouvements de caméra on se retrouve avec le 1er plan crade au relief incertain, le 2e plan saccadé et le 3e plan flou plus que de raison.

Les scènes d’actions mouvementées restent claires, on ne perd pas le fil comme bien souvent maintenant dans les films d’actions.

La musique façon Roi Lion pour les moments gais et ethno-tribale-symphonique pour le spectacle… Pas ma tasse de thé.

Certaines scènes semblent tronquées tandis que d’autres sont superflues. Il semblerait que des coupures ait été faites pour rester très grand public selon des critères US (auto censure quand tu nous tiens)… Sans doute une version longue un de ces jours ou du bonus pour les dvd et autres blueray).

Les Marines mercenaires et leurs véhicules sont des copiés collés de ceux de Aliens du même Cameron (en moins bien finalement) avec même un peu du vaisseau d’Abyss.

Un truc marrant : les écrans en 3D dans le film en 3D, la mise en Abymm.

La 3D pas impressionnante sur Michelle Rodriguez… Dommage James a raté de très bon plans je pense.

Au début, pas habitué à voir les mecs en 3D, du coup je les trouvais tous boudinés, hu hu.

Pour finir, à Versailles (cyrano) ils ont rallumé les lumières de la salle en violence pendant le générique… Tout ça pour récupérer les lunettes dans la salle elle même (et pas dans le couloir où il fait froid)… Du coup pas resté jusqu‘à la fin (3d flinguée par lumière) et je crois que j’ai raté un truc en fin de générique…

Cela dit, je ne regrette vraiment pas d’y être allé et même je me tâte pour y retourner…

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Un rêve brisé... · 2010-01-11

En faisant un petit tour dans mes archives, je suis retombé là dessus, un rêve que j’avais noté au réveil avant de l’oublier. À une époque lointaine je m‘étais aventuré à faire cet exercice assez régulièrement. Sans doute est-ce cet entraînement d’alors qui m’avait permis de me souvenir de pas mal de détails qui se seraient perdus autrement.
Longtemps j’ai voulu faire ce récit en le dessinant mais certains passages me sont restés résolument insurmontables à mettre en images.
Plutôt que de laisser ce récit végéter davantage je vous livre la version écrite agrémentée des quelques dessins que j’avais réalisés à l‘époque (juillet 2005).

J’aurai bien dormi plus, mais un blaireau a sonné à la porte et ça m’a réveillé (je ne suis pas allé voir pour autant)… D’ailleurs ça fait chier, je faisais un super rêve…

Je bossais à la sécurité du « juge suprême » de Californie (sauf que ça se passait à la Maison Blanche qui ressemblait plutôt au Capitole qui se serait égaré au milieu jardin du Luxembourg en fait…).

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

On était sur le point de résoudre le problème de la disparition de la culotte de l’assistante du-dit juge (qui était aussi son père…), et c‘était vraiment palpitant…

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

Elle disait l’avoir paumée au fond du lit qui était dans le bureau du juge (juste face à son bureau en fait), mais on ne pouvait pas vraiment fouiller sous l‘épaisse couette.

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

En effet, le matelas était si mou qu’il s’affaissait à un point tel qu’il donnait sur une jungle équatoriale entourée de falaises (le matelas affaissé en fait)…

Quant au bureau lui même, le meuble, il était assez étonnant, en bois foncé et de taille imposante, la partie face au lit faisait comme un petit amphithéâtre décoré de plaquettes d’ivoire ouvragées. La partie supérieure de l’amphithéâtre était ornée de trois plaques de cuivre sur lesquelles étaient gravé à gauche « GATÆCA » (en fait, c‘était pas Æ, mais EA… mais on ne peut pas l‘écrire avec un logiciel normal…) et à droite « ÉOLE », au milieu, je n’ai pas pu lire…

Sur le bureau, parmi divers objets décoratifs assez hétéroclites, trônait un magnifique buste style art nouveau que j’aurai bien barboté…
Dans le bureau du juge il y avait aussi un super tableau avec Bécassine… Ça faisait comme si elle traversait le fond du tableau et on ne voyait que son derrière fort reconnaissable…

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

À un moment de l’enquête, le juge me confiait son assistante en me la mettant dans les bras puis nous allions tous les trois dans son bureau (je portais toujours l’assistante dans mes bras, comme on porte une mariée) il me faisait asseoir sur le lit en me mettant bien en garde de rester au bord de peur de glisser dans la jungle.

[Rêve de juillet à la Maison Blanche]

Rapidement, l’assistante me confiait son embarras d‘être ainsi assise sur mes genoux, « Sans ma culotte, vous comprenez… », en même temps, elle était émue de revoir le lit où elle avait justement égarée sa culotte…

Depuis le début du rêve, à chaque fois que quelqu’un s’adressait à l’assistante, sa réponse ne tardait jamais à être « Je vais pas pouvoir, sans ma culotte, vous comprenez… », quelque soit le sujet… « Une tasse de café ? _ Merci, non, sans ma culotte, vous comprenez… »

L’assistante d’ailleurs était assez mignonne, brune aux cheveux lisses et longs, des traits fins et la ligne élancée, elle se baladait dans les couloirs de la Maison Blanche habillée seulement d’une chemise blanche trop grande pour elle (sans doute une chemise d’homme) à la recherche de sa culotte. Elle semblait ne pas vouloir remettre sa jupe « Je vais pas pouvoir, sans ma culotte, vous comprenez… »…

Ça a sonné juste après qu’on ait découvert l’ex mari de l’assistante… Il faisait des cabrioles avec un espèce de dogue allemand… De telles acrobaties que la maison dans laquelle ils faisaient ça s‘était écroulée (c’est un peu pour ça qu’on les avait découverts d’ailleurs, surtout que la maison était bâtie dans le jardin de la Maison Blanche). À tour de rôle, le chien et l’ex mari devenaient invisibles en faisant tous les deux les mêmes gestes, un salto arrière avec vrille pour atterrir à plat ventre sur son partenaire invisible avant de se relever et disparaître à son tour. L’autre apparaissait alors et prenait la relève…

Donc je sais pas qui a sonné mais c’est vraiment nul de sa part…

Hum… Ça me revient, il y avait aussi un petit garçon qui voulait se faire passer pour une petite fille modèle et il me demandait de l’aider à s’habiller en conséquence…
Il essayait d’enfiler une jupe en écossais vert, mais elle était trop grande pour lui. Pour qu’elle lui arrive juste sous le genou, il devait la remonter si haut sous son pull qu’elle ressortait par le col, mais ce faisant, elle prenait l’aspect d’une collerette blanche bordée d’un liseré rose et le résultat était saisissant, ainsi accoutré, le gamin ressemblait à une vraie petite Versaillaise racée… Et il était content, mais je me rappelle plus ce qu’il venait faire dans cette histoire…

D’abord on sonne pas chez les gens à 8h30 un samedi matin, na.

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Table de chevet · 2010-01-10

[Table de chevet trop kawaï - le retour]J’avais juste envie de jouer avec Inkscape, encore une fois. Je ne me lasse pas de ce logiciel de graphisme vectoriel. De la balle.

 

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Fairway to Hell · 2010-01-06

[Fairway to Hell]

 

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Correspondance · 2010-01-04

Une amie m’a fait découvrir cette lettre il y a un petit bout de temps déjà mais je suis retombé dessus récemment.
En lisant cette lettre je me disais que la sœur n’avait pas grand chose à envier au talent de son frère.

Lettre d’Isabelle Rimbaud à sa mère, Marseille 1891.

Ma chère maman,

Dieu soit mille fois béni ! J’ai éprouvé dimanche le plus grand des bonheurs que je puisse avoir en ce monde. Ce n’est plus un pauvre malheureux réprouvé qui va mourir prés de moi : c’est un juste, un saint, un martyr, un élu !

Quand le prêtre est sorti, il m’a dit, en le regardant d’un air troublé, d’un air : « votre frère a la foi, mon enfant. Que disiez-vous donc ? Il a la foi, et je n’ai même jamais vu de foi de cette qualité ! ».
La mort vient à grands pas.

Maintenant c’est un cancer énorme entre la hanche et le ventre, juste en haut de l’os. Pour la nuit, on lui fait une piqûre de morphine.

Éveillé, il achève sa vie dans une sorte de rêve continuel.

Les médecins le regardent dans les yeux, ces beaux yeux qui n’ont jamais été si beaux et plus intelligents, et se disent entre eux : « C’est singulier ». Il y a dans le cas d’Arthur quelque chose qu’ils ne comprennent pas.

Il reconnaît tout le monde. Moi, il m’appelle parfois Djami, mais je sais que c’est parce qu’il le veut, et que cela rentre dans son rêve voulu ainsi. Nous sommes au Harar, nous partons toujours pour Aden, et il faut chercher les chameaux, organiser la caravane; il marche très facilement avec la nouvelle jambe articulée, nous faisons quelques promenade sur de beaux mulets richement harnachés; puis il faut travailler, tenir les écritures, faire des lettres. Vite, vite on nous attend, fermons les valises et partons.

Il ne prend presque plus rien en fait de nourriture, et ce qu’il prend, c’est avec une extrême répugnance. Aussi a-t-il la maigreur d’un squelette et le teint d’un cadavre ! Et tous ces pauvres membres paralysés, mutilés, morts autour de lui !
À propos de ta lettre et d’Arthur : ne compte pas du tout sur son argent, je suis résolument décidée à respecter ses volontés, son argent et ses affaires iront où bon lui semble. Ce que je fais pour lui, ce n’est pas par cupidité, c’est parce qu’il est mon frère, et que, abandonné par l’univers entier, je n’ai pas voulu le laisser mourir seul et sans secours. Je lui serai fidèle après sa mort comme avant, quand même je devrais en souffrir.

Que dieu m’assiste et toi aussi : nous avons bien besoin de secours divin.

Au revoir, ma chère maman, je t’embrasse de cœur.

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